Qui a inventé l’homosexualité ? Pourquoi dit-on gay ? Pédé est-il encore une insulte ?

homosexuel

Qui a inventé l’homosexualité ?

Nous sommes en 1860. L’Allemagne est proche de l’unité autour de la monarchie prussienne, organisée par un code pénal unique dans lequel figure, entre autres, le paragraphe 175. Soit, la punition par la justice des « actes contre nature » entre hommes (jusqu’au nazisme, les femmes ne seront pas concernées).
Cet article restera en vigueur, à travers la République de Weimar, l’IIIe Reich, et l’Allemagne fédérale contemporaine, jusque dans les années 1960). Un journaliste et écrivain hongrois (il n’était pas médecin comme le disent les mauvaises biographies) du nom de Karoly Maria Benkert, écrit au ministre de la Justice prussien pour tenter de s’opposer à l’adoption du nouveau texte afin de défendre les « homosexuels »… Le mot vient de naître sous sa plume, en 1869. Le premier « militant » homosexuel est aussi l’inventeur du nom. Aujourd’hui, grâce à la psychologie ambiante, chacun se définit comme homosexuel ou, donc, son dérivé hétérosexuel (etc…). Jusqu’ici, on n’avait jamais souligné aussi fortement l’existence de tels couples ou de telles situations. Le pédéraste, comme le « Berdache » classique, ne sont pas des « homosexuels » (aimant le même) puisque leur partenaire sexuel est essentiellement différent d’eux par l’âge, ou la virilité…
Dans « Race d’Ep. », Guy Hocquenghem écrit : « Dans l’histoire personnelle de chacun, le moment essentiel par lequel « on le devient », plus encore que le premier acte, c’est l’aveu du nom. Ce moment craint et espéré où l’on déclare : « je suis homosexuel ». Passage de l’insu au su, qui à lui seul cerne tout le problème de cette étrange minorité. L’homosexuel, plus que tout autre type social, n’existe pas vraiment avant de s’être lui-même « véridiquement » nommé ». Le mot a dans un certain sens, permis l’affirmation des homos et l’émergence de la défense de leurs droits et de leur dignité.
Le mot homosexuel est donc une invention récente. Avant, sa réalité était juste niée, passée sous silence, dissimulée…

Pourquoi dit-on gay ?

D’où vient ce mot étrange ? Contraction, anagramme ou vieux mot d’argot ? Peut-être tout ça à la fois.
Au XVIIème siècle en Angleterre,  »gay » signifie  »joyeux », comme en français, mais aussi  »immoral, adonné au plaisir ». Au XVIIIème, gay est un mot d’argot pour  »pénis ». Au XIXème, « to gay » signifie  »avoir des rapports sexuels ». Une  »gay house » est une maison close… Dans les années 1890,  »gay cat » signifie  »vagabond ». Plus précisément : un vagabond débutant, un jeune qui rejoint la zone. Dans les cambriolages, les gay cats faisaient le guet pendant que les durs agissaient. Ils étaient également les sujets sexuels des anciens. Ces mœurs grossières  »homosexualisent » le mot et lui donnent sa signification moderne. On dit aussi que ce terme serait né d’une phrase codée entre homosexuels, au début du XXe siècle, qui pour se reconnaître se demandaient « connaissez-vous un endroit gai où aller ce soir ? »
En Europe francophone, Le terme gay ou gai (au Québec) désigne généralement une personne (aussi bien homme que femme) qui se décrit comme homosexuelle. Plus largement, ce terme s’applique tel un adjectif aux évènements, à la culture, aux bars liés à cette orientation sexuelle.
Aujourd’hui, on explique aussi ce terme par l’abréviation de  »Good As You » (« aussi bien que toi » : G.A.Y.), qui fût d’ailleurs le nom d’une émission de télé sur Canal Jimmy comme le nom d’une célèbre soirée gay londonienne (la « Glam As You »)…
Les linguistes s’opposent aux historiens, qui s’opposent eux même aux historiens étrangers… Quelle affaire !

 

Pédé est-il encore une insulte ?

Aux États-Unis, les jeunes s’exclament « It’s so gay » pour critiquer un pantalon trop fashion, une réaction trop émotive ou un sandwich au goût trop sophistiqué. C’est devenu une insulte. Sans trop comprendre le côté homophobe leur expression.
En France, le mot pédé est étymologiquement une apocope de « pédéraste », un terme employé à l’origine pour désigner la relation particulière entre un homme mûr et un jeune garçon, dans la Grèce antique. Non seulement dans le domaine sexuel mais aussi éducatif. Apparu en langue française au XVIe siècle au sens d’« amour des garçons », c’est au XIXe siècle que le terme de pédéraste se diffuse plus largement en prenant la valeur erronée d’« homosexuel ». Aujourd’hui l’homosexualité est légale, la pédophilie illégale. La pédérastie est autre chose : historiquement révolue et culturellement étrangère à notre culture.
Le diminutif « pédé » apparaît quant à lui vers 18362, suivi de sa féminisation « pédale » afin d’accentuation davantage sa signification dépréciative vers 19353, puis pédoque en 1953 2 et péd’ en 1972.
Le mépris porté à des choses manquant de virilité se déporte automatiquement vers cette expression « c’est pas un truc de pédé » ou, « on n’est pas des pédés… »…
L’injure, aujourd’hui banalisée à force d’avoir été entendue, est reprise par les homosexuels eux-mêmes (dans le titre du film « Pédale douce » par exemple…) pour se la réapproprier de façon ironique, même si l’usage de cette insulte est passible de condamnation….
Oui, le mot pédé est donc toujours une insulte, même si elle est devenue très banale. Et revendiquée par de fiers homosexuels.

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